Manifestation des lycéens
« Il y a beaucoup de raisons d’être en colère », déclare l’élue à la métropole
Betsabée Haas, venue soutenir « l’acte III » de la mobilisation lycéenne mardi 6
octobre
Plus de 4 000 manifestants étaient réunis mardi à Tours pour « l’acte III » du mouvement lycéen
(et plus récemment étudiant) dénonçant, entre autres, les conditions d’étude dans les lycées.
Classes et emplois du temps surchargés, manque de professeurs ou encore insalubrité des
bâtiments font partie des revendications principales.
C’est déjà la troisième semaine d’une mobilisation ayant débuté en Île-de-France avant de
s’étendre à toute la France, notamment grâce à des vidéos des blocages des lycées devenues
virales sur les réseaux sociaux.
On retrouvait, bien sûr, des lycéens et des étudiants, mais aussi des personnes plus âgées,
parents ou encore professeurs venus soutenir le mouvement. Le maire et des élus de la ville de
Tours étaient également présents sur place, ainsi que les syndicats.
Nous avons eu l’occasion d’interroger Betsabée Haas, vice-présidente à la métropole et
conseillère régionale. Elle affirme l’importance pour les élus de venir soutenir ce mouvement : « À
travers notre présence, c’est aussi un symbole républicain important ».
Elle soutient les revendications des lycéens et évoque plus particulièrement la plateforme
Parcoursup. Une plateforme qui serait une grande source de stress et d’incertitude chez les
lycéens. Un thème, d’après elle, volontairement peu mis en avant par l’Éducation nationale qui
« préfère qu’on parle de l’état des lycées, (…) parce que les lycées, bien sûr, sont portés par la
région ». Elle dénonce aussi des « plafonds de verre pour tous ceux qui sont dans des lycées
moins bien cotés ». C’est, en effet, cette inégalité observée avec les lycées de quartiers plus
favorisés du centre de Paris qu’évoquaient les lycéens de Créteil, d’où est né le mouvement.
Des luttes qui se croisent et sont multiples, avec comme un sentiment de ras-le-bol général : « Il y
a beaucoup de raisons d’être en colère », affirme Betsabée Haas. Au-delà des revendications
portées par les lycéens, l’élue évoque les questions de pouvoir d’achat et d’une destruction
générale des services publics. Des problèmes auxquels le nouveau projet de loi de finances ne
semble pas répondre et que l’élue juge « encore plus horrible que le précédent ».
De nombreuses pancartes étaient brandies ce mardi et nombreuses étaient celles dénonçant les
scènes de violences policières que l’on a pu voir depuis le début du mouvement.
On pouvait parmi elles lire : « Lancez des profs pas des lacrymos », « On ne frappe pas les enfants
pour les éduquer » ou encore l’acronyme anglais ACAB pour « All cops are bastards », écrit et
scandé par les manifestants. Un étudiant brandissait « Justice pour Maël », en référence à
l’adolescent de 16 ans ayant perdu l’usage de son œil après un tir compatible avec l’impact d’une
balle de défense de type LBD. Un cas qui n’est malheureusement pas isolé, puisque depuis le
début des manifestations, un lycéen de 15 ans a eu la main arrachée, un autre lycéen de 14 ans a
reçu un tir de grenade de lacrymogène lui ayant fracturé la mâchoire et un autre adolescent,
encore, s’est fait arracher la main par une grenade. Les représentants politiques locaux ne sont
pas non plus épargnés : le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a été touché par du gaz
lacrymogène (alors qu’il tentait de s’interposer entre la police et les manifestants), ce mardi.
De même, à Tours, le maire Emmanuel Denis et le député Charles Fournier étaient venus jeudi
dernier rendre visite aux élèves du lycée Grandmont qui bloquaient leur établissement et se sont
fait charger par la police, au même titre que les jeunes manifestants, alors qu’ils discutaient avec
les lycéens et le commandant de la police lui-même.
Le Premier ministre soutient les forces de l’ordre en réaffirmant que « Des instructions de
proportionnalité » leur ont été données et rejette les soupçons d’une violence volontaire de leur
part. Des premières mesures du gouvernement pour répondre au mouvement lycéen devraient
être annoncées dans le mois et des débats sont prévus à l’Assemblée en novembre. En l’attente
de ces mesures, une journée de cours devait être banalisée dans les lycées à partir de mercredi
pour offrir aux lycéens un « temps de dialogue pour exprimer ses difficultés et ses attentes ». Une
mesure critiquée par les syndicats de chefs d’établissements compte tenu de sa faiblesse face
aux revendications des lycéens et de sa difficulté à mettre en place.
On se demande dès lors quand le gouvernement mettra en place des mesures à la hauteur des
revendications lycéennes et condamnera la répression mise en œuvre par les forces de l’ordre
pour permettre d’apaiser la situation.
